in une Femme
Tendre in qui te lapide et mortelle in qui t'aime,
Faisant de l'attitude un frisson de poème,
O Femme dont la grace enfantine et suprême
Triomphe dans la fange et les pleurs et le sang,
Tu n'aimes que la main qui meurtrit ta faiblesse,
La parole qui trompe et le baiser qui blesse,
L'antique préjugé qui meurt avec noblesse
Et le désir d'un jour qui sourit en passant.
Férocité passive, ame légère et douce,
Pour t'attirer, il faut que le geste repousse :
Ta chair inerte appelle, en ralant, la secousse
Et l'effort sans beauté du male triomphant.
Esclave du hasard, des choses et de l'heure,
être ondoyant, en qui rien de vrai ne demeure,
Tu n'accueilles jamais la passion qui pleure
Ni l'amour qui languit sous ton regard d'enfant.
Le baume du banal et le fard du factice,
L'absurdité des lois, la vanité du vice
Et l'amant dont l'orgueil contente ton caprice,
Suffisent in ton coeur sans rêve et sans espoir.
Jamais tu ne t'éprends de la grace d'un songe,
D'UN reflet dont le charme expirant se prolonge,
D'UN écho dans lequel le souvenir se plonge,
Jamais tu ne palis in l'approche du soir.
Renée Vivien (1877-1909)